Quatre saisons à la Viaudière (1992)
Quatre saisons à la Viaudière
L'hiver, je taille les sarments,
Je soigne les ceps dénudés.
Je soutire le vin perlant
Qui pétille dans mon cellier.
Les bulles fines du Crémant
Inspirent mes longues soirées.
Et je fête le nouvel an
Câliné par le Chardonnay
Et ma bien-aimée.
L'ardeur de la sève nouvelle
Ramène aux caves la gaîté.
Après le froid, le vin s'éveille :
Comme un rubis luit le Gamay !
Les Rouges tuilés étincellent
Dans la lumière retrouvée.
Ampleurs et rondeurs se révèlent :
Les vins dévoilent leurs secrets.
Et leur tendresse m'ensorcelle,
Comme une bien-aimée.
Quand le brûlant soleil d'été
Chauffe varennes et graviers,
Après une bonne journée,
Qu'il est doux de se reposer
Au plus profond de mon cellier !
On y boit un petit rosé
Frais, gouleyant, tendre au gosier.
Ce vin sourit comme un baiser
De ma bien-aimée.
Récompense de mon labeur,
La vendange est enfin pressée.
Je sélectionne, j'élabore
Les macérations, les cuvées.
Testons le fruité, la rondeur
De ce Layon tout nouveau-né,
Et comparons-en la saveur
Aux crus des années passées,
Ô, ma bien-aimée.
Chaque année, mûrit mon bonheur,
Tel un bon Layon mordoré :
Comme mon vin, vieillit mon coeur,
Près de ma bien aimée.


